Cela fait des années que je veux lire Alice au pays des merveilles, dont je n'ai même jamais soulevé la couverture - la faute à mon frère probablement, qui à l'âge de quatre ans nous passait le dessin animé en boucle, faisant naître en moi une véritable allergie. Puis Alberto Manguel commença à me faire changer d'avis (Dans la forêt du miroir). Mais les raisons qui m'y font penser aujourd'hui sont un peu différentes. Je suis devenue le Lapin pressé. C'est moi. Le nez sur la montre, pas un moment pour me poser. Peu de temps pour écrire, peu de temps pour lire même. Depuis hier seulement, j'ai pris la bonne résolution d'aller chaque après-midi passer un moment à la plage, pour me griller un peu et briser mon incessant tête à tête avec mon bureau. Les températures ont grimpé de manière folle ces derniers jours. La canicule donne à la ville un petit air de Californie, surtout par chez moi. Ici les shorts ne sont pas des shorts. Ce sont des culottes. Le supermarché à côté a cru bon d'afficher sur la porte d'entrée : "shoes and shirts required". Et moi je continue à mon rythme de prépa... sauf que la prépa à la plage c'est quand même plus agréable...
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mercredi 3 juin 2009
mardi 31 mars 2009
Parenthèse : BookTravellers Inc.
Il y a quelques semaines, en février je crois, Pia a déboulé sur ma ligne Skype avec une idée géniale (comme le sont généralement toutes les choses qui sortent de sa petite tête...). Le résultat : un nouveau blog à quatre mains, sur les livres, les voyages, nos petites manies de lecteurs, nos coups de gueules et aussi nos coups de fourchette. Voilà donc lancé BookTravellers Inc. où tous les lecteurs du monde sont les bienvenus, et les commentaires ou les idées plus encore. Tout ce qui, dans mon voyage, a le moindre lien avec les livres va donc s'y trouver raconté peu à peu... et ça n'est pas mince ! Alors si vous voulez découvrir les plus improbables librairies de Buenos Aires ou manger du homard en lisant Steinbeck avec Pia, c'est là qu'il faut aller.
dimanche 22 février 2009
Coupure. J'ai déménagé toutes mes affaires. Mon idéal de légèreté en a pris un coup. Comment peut-on accumuler autant en trois mois ? La réponse n'est pas si compliquée : les livres, encore et toujours. Provisions faites à Paris, de belles pépites trouvées ici, une pile indécente de bouquins de cours, un gros manuel de business – ceux-là, impossible de les éviter. Habits d'été aussi ramenés de France – j'ai oublié les chaussures. Elles feront peut-être le voyage par la poste. Une paire de bottes pour la neige. Un gros manteau contre la pluie d'ici. Je me rassure en me disant qu'après tout, je ne suis pas en voyage. Et la liste de tous les livres empruntés à la bibliothèque prend la forme d'un gros fantôme dont j'ai réussi à me débarrasser ! Toujours ça de moins dans les sacs.
Les jours s'étirent tranquillement, d'un livre à l'autre. Je goûte le silence. Me suis remise à la cuisine. Pas de musique, ni d'Internet. Coupure technologique qui me libère l'esprit. Et me donne de bonnes excuses pour trainer encore dans les cafés... Je prends des notes sans fin ni ordre : j'absorbe le concentré d'humanité qui y passe, je regarde les gens du coin de l'œil, fais semblant de lire alors que j'écoute sans vergogne les conversations, observe les gestes, tout ce que les mots ne disent pas. Bits and pieces.
Les jours s'étirent tranquillement, d'un livre à l'autre. Je goûte le silence. Me suis remise à la cuisine. Pas de musique, ni d'Internet. Coupure technologique qui me libère l'esprit. Et me donne de bonnes excuses pour trainer encore dans les cafés... Je prends des notes sans fin ni ordre : j'absorbe le concentré d'humanité qui y passe, je regarde les gens du coin de l'œil, fais semblant de lire alors que j'écoute sans vergogne les conversations, observe les gestes, tout ce que les mots ne disent pas. Bits and pieces.
mardi 17 février 2009
Parfois, rien ne va. Et parfois, il suffit de peu de chose apparemment pour que tout se transforme magiquement, imperceptiblement...
Dimanche, pleine de rage et d'énervement, je me suis imposé une marche vigoureuse de presque 20 kilomètres pour vider mon esprit fatigué par bien trop de questions d'avenir. J'ai longé la plage, les pieds devenus insensibles, les genoux douloureux. Revenue sur Denman Street, rêvant d'un grand café chez Delanys, j'ai trouvé la place envahie par tous ceux qui, comme moi, étaient sortis profiter du soleil. Maudite. Tous mes endroits favoris étaient pris d'assaut. Jambes flageolantes, ne rêvant que d'une chaise, je suis revenue en centre-ville où j'ai miraculeusement réussi à dénicher un gros fauteuil chez Starbucks. Et j'ai bien failli m'y endormir, sous le regard un peu inquiet de mon voisin de canapé.
Lundi, réveillée brutalement à 4 heures : et si mon nouveau visa ne me permettait pas d'étudier ici... Journée passée à courir d'un bureau à l'autre, pour prendre tous les renseignements possibles. Finalement rassurée. Me sentant aussi un peu bête. Plans d'avenir, projets, questions. Je me vide la tête en regardant Iron Chef of America. L'équivalent cuisine de Gladiators, ce vieux show des années 90, souvenir bizarre de mes années écossaises. Trois équipes de cuisiniers ont une heure pour préparer cinq plats autour d'un même aliment imposé. Hier : olive verte. Passionnant. L'arbitre tient à la fois du ninja et du mafieux japonais. Il fait des saltos entre fours et plans de travail. Hurle de manière dramatique à la présentation de chaque plat.
Mais le lundi soir, avant tout, c'est salsa. Heure de bonheur sans partage. Après deux semaines d'interruption forcée, je retrouve tout naturellement le rythme, l'enchaînement des pas, la joie de tourbillonner. Une heure et tout est transformé. Oubliée la fatigue, disparues les angoisses, les pensées qui n'en finissent pas de tourner ! Je ne suis plus qu'une boule d'énergie qui voudrait continuer encore et encore. Légèreté.
Dans le SkyTrain au retour, j'ai la musique dans les oreilles et mon livre sur les genoux. Je triture machinalement le ticket de métro parisien qui me sert de marque-page lorsque mon voisin de banquette me tapote l'épaule : « Tu es Parisienne ? » C'est Mamédy. Derrière est assis Rudy. Ils habitent New Westminster, à une station de la mienne. Sont là depuis plus de deux ans. Ont des avis partagés sur la France, l'avenir au Canada. L'un voudrait rentrer, l'autre pas. Le racisme en France. Le déracinement. Quitter son pays, lorsque ses parents sont déjà passés par-là. L'échec ou l'avenir ? Nous parlons tout le trajet durant.
Je suis en train de relire Les Confessions de Rousseau. Par esprit de contradiction, certainement. J'aime assez l'absurdité de la chose. Jamais à Paris cela ne me serait venu à l'idée. Je désespère d'être un jour en accord avec le lieu où je me trouve... mais finalement, c'est ce décalage perpétuel qui fait ma drogue. C'est là seulement que je me reconnais, autant l'admettre maintenant. Et en goûter le pétillant.
Dimanche, pleine de rage et d'énervement, je me suis imposé une marche vigoureuse de presque 20 kilomètres pour vider mon esprit fatigué par bien trop de questions d'avenir. J'ai longé la plage, les pieds devenus insensibles, les genoux douloureux. Revenue sur Denman Street, rêvant d'un grand café chez Delanys, j'ai trouvé la place envahie par tous ceux qui, comme moi, étaient sortis profiter du soleil. Maudite. Tous mes endroits favoris étaient pris d'assaut. Jambes flageolantes, ne rêvant que d'une chaise, je suis revenue en centre-ville où j'ai miraculeusement réussi à dénicher un gros fauteuil chez Starbucks. Et j'ai bien failli m'y endormir, sous le regard un peu inquiet de mon voisin de canapé.
Lundi, réveillée brutalement à 4 heures : et si mon nouveau visa ne me permettait pas d'étudier ici... Journée passée à courir d'un bureau à l'autre, pour prendre tous les renseignements possibles. Finalement rassurée. Me sentant aussi un peu bête. Plans d'avenir, projets, questions. Je me vide la tête en regardant Iron Chef of America. L'équivalent cuisine de Gladiators, ce vieux show des années 90, souvenir bizarre de mes années écossaises. Trois équipes de cuisiniers ont une heure pour préparer cinq plats autour d'un même aliment imposé. Hier : olive verte. Passionnant. L'arbitre tient à la fois du ninja et du mafieux japonais. Il fait des saltos entre fours et plans de travail. Hurle de manière dramatique à la présentation de chaque plat.
Mais le lundi soir, avant tout, c'est salsa. Heure de bonheur sans partage. Après deux semaines d'interruption forcée, je retrouve tout naturellement le rythme, l'enchaînement des pas, la joie de tourbillonner. Une heure et tout est transformé. Oubliée la fatigue, disparues les angoisses, les pensées qui n'en finissent pas de tourner ! Je ne suis plus qu'une boule d'énergie qui voudrait continuer encore et encore. Légèreté.
Dans le SkyTrain au retour, j'ai la musique dans les oreilles et mon livre sur les genoux. Je triture machinalement le ticket de métro parisien qui me sert de marque-page lorsque mon voisin de banquette me tapote l'épaule : « Tu es Parisienne ? » C'est Mamédy. Derrière est assis Rudy. Ils habitent New Westminster, à une station de la mienne. Sont là depuis plus de deux ans. Ont des avis partagés sur la France, l'avenir au Canada. L'un voudrait rentrer, l'autre pas. Le racisme en France. Le déracinement. Quitter son pays, lorsque ses parents sont déjà passés par-là. L'échec ou l'avenir ? Nous parlons tout le trajet durant.
Je suis en train de relire Les Confessions de Rousseau. Par esprit de contradiction, certainement. J'aime assez l'absurdité de la chose. Jamais à Paris cela ne me serait venu à l'idée. Je désespère d'être un jour en accord avec le lieu où je me trouve... mais finalement, c'est ce décalage perpétuel qui fait ma drogue. C'est là seulement que je me reconnais, autant l'admettre maintenant. Et en goûter le pétillant.
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