mercredi 10 décembre 2008

Shohei est arrivé en cours avec deux tuperwares remplis de takoyaki. Deux tours de table et les boites lui sont revenues vides. Ce sera ma découverte culinaire de la semaine. Des petites boules faites de farine, de gingembre en poudre, d'oignons et de poulpe, recouvertes de sauce et de flocons de poisson séché, une spécialité d'Osaka. Discussion animée sur les gastronomies japonaises et coréennes, tout le monde s'enflamme, la prof et moi regardons tout cela d'un œil étonné. Je suis vraiment la seule ici à n'avoir jamais goûté au Soju coréen (alcool de bambou), ni à une autre boisson, japonaise cette fois, dont je n'ai pas réussi à retenir le nom... Je réalise que je suis la caution exotique de la classe. L'élément étrange qui ne connaît rien aux bonnes choses. Ils ont décidé de faire mon éducation. Je suis prête à boire du bambou, si cela permet de délier les langues...

Depuis le début de la semaine, chaque après-midi nous venons tour à tour présenter notre exposé. Le but : choisir un produit et étudier les possibilités de lancement dans deux pays différents ; analyse des situations politiques et économiques, point sur les risques courus et les bénéfices possibles. Aujourd'hui, c'était notamment au tour de Tatsuya. Tatsuya est japonais. Tatsuya ne rit jamais. Il est assis tout au bout du rang, dans le coin au fond à gauche. Il marche toujours très très vite, légèrement penché en avant, comme pour gagner du temps (pensez aux coureurs du cent mètres qui bombent le torse pour franchir la ligne avant les autres – Tatsuya, c'est la tête qu'il envoie d'abord). Très sérieusement donc, il a commencé sa présentation, faisant défiler ses planches powerpoint les unes après les autres. Pour marquer sa différence, il a choisi deux produits. Des bouteilles d'eau du mont Fuji d'un côté, et, de l'autre, nouvelle découverte, des colliers magnétiques supposés dénouer les dos tendus. Tatsuya lui-même est un adepte fervent de cette sorte de cordon épais qu'effectivement, il porte constamment. Le constat est dur : soit cette chose est totalement inefficace, soit ce pauvre Tatsuya ne doit pouvoir se mouvoir du tout en temps normal. Après un éloge nourri de l'objet, le voilà embarqué dans une série de calculs impossibles destinés à démontrer les avantages financiers qu'il y a à envoyer ces deux produits ensemble par voie marine, ponctuant chaque segment de phrase par un « SO ! » absolument terrifiant.
- SO ! It's ok if you SO ! do not understand everything SO ! I just explain SO not important but SO ! interesting for me...
Vingt minutes. Chacun hésite entre bâillement et fou rire. La prof reste d'un calme olympien, ponctuant chaque planche d'un « aha » aussi encourageant que déprimé.
Nous voici arrivés au moment de la présentation des deux pays, le cœur du sujet. Tuvalu et les îles Marshall. Régions pauvres parmi les plus pauvres. Ils n'ont pas d'eau potable, d'où l'utilité des bouteilles d'eau minérale du mont Fuji. Et ces îles risquent fort de disparaître d'ici quelques années, suite au réchauffement climatique. Donc leurs habitants sont stressés et auraient fort besoin de ces fameux colliers pour retrouver sérénité. Toujours avec le plus grand sérieux. Il y avait peut-être une caméra cachée.

4 commentaires:

Visuals Playground a dit…

J'aime beaucoup le rythme de ton écrit... Très souriant !

Par ailleurs ton Tatsuya me fait penser a l'un de mes anciens camarade de classe... Tout le monde a du avoir un Tatsuya un jour ou l'autre dans sa classe mais le tiens semble particulièrement jubilatoire !

Sinon sérieusement ils existent en quelles couleurs ces fameux colliers ?

Les smarties a dit…

Dis donc tu dois te fendre la poire tous les jours avec tes japonais ...
Nous en tout cas on se marre bien en te lisant !
C'est vrai aussi que quelques photos nous feraient plaisir.
Bisous

kiaora a dit…

j'adore!!!tes articles sont vivants comme toi!!
en tous cas tu dois être pas mal dépaysée, et commetu dis si la boisson au bambou délie les langues...bois en deux verres!

des biz ma belle!

Visuals Playground a dit…

Ce matin je suis retourné sur ton blog et ça m'a mis de bonne humeur pour la journée...

C'est trop drôle cette histoire ^_^